Ettore Majorana

Le 31 mars 1938, à Palerme, en Sicile, un homme émacié, vêtu d’un costume aussi sombre que son regard inquiet, pose les pieds sur l’embarcadère d’un bateau à destination de Naples. Une heure plus tard, lorsque le bateau jette l’ancre, Ettore Majorana n’est plus à bord. S’est-il jeté à l’eau ? S’est-il volatilisé ? A-t-il été enlevé par des extraterrestres ? Des agents du Mossad ? Non, assurément, car à l’époque, le Mossad n’existait pas encore… Mais toutes les autres possibilités ci-avant évoquées sont plausibles. Cette mystérieuse disparition a fait l’objet de multiples spéculations. La dernière en date étant celle du physicien Etienne Klein, qui en a commis un livre, En cherchant Majorana, que j’ai eu plaisir à chroniquer sur mon blog.

Ettore Majorana n’était pas un individu lambda. Brillant physicien, considéré par le prix Nobel Enrico Fermi, l’inventeur de la « pile atomique » (le premier réacteur nucléaire), comme un génie de la trempe d’Einstein ou de Galilée, l’homme était en avance sur son temps, notamment dans le domaine du neutrino. La particule de Majorana (une particule qui serait sa propre antiparticule), qu’il avait prédite en 1937, un an avant sa disparition, fut découverte en 2014 par des physiciens de l’université de Princeton.

21.photo Majorana22.timbre Majorana

Majorana, homme solitaire, peu sociable, avait un point commun avec Jules Bénuchot : tous les deux noircirent des milliers de pages de carnets de pattes de mouche. Bénuchot collectionne les rencontres. Majorana les équations. D’après Étienne Klein, qui rôde décidément beaucoup dans nos parages, il se pourrait que l’un de ses carnets – seule une infime partie de l’iceberg a été mise à jour – annonce, soixante ans avant tout le monde, des découvertes majeures…

Dans sa chambre, Ettore Majorana avait recopié cette phrase, extraite du texte de Dostoïevski Le sous-sol et qui aurait fait le miel d’un Bénuchot : «Je constatais que je ne ressemblais à personne et que personne ne me ressemblait. Je me disais : “Je suis seul, tandis qu’eux, ils sont tous !”» Étienne Klein, dans l’un de ses articles sur le physicien, évoque cet aphorisme de Lichtenberg, convenant parfaitement, selon lui, à Majorana : « Être souvent seul, méditer sur soi-même, et faire de soi tout l’univers, cela peut être la source de grandes joies, mais c’est aussi travailler à une sorte de philosophie qui justifie et permet le suicide. Aussi est-il bon d’avoir un ami ou une amie qui vous attache au monde et vous retienne de sombrer tout à fait. »
Majorana, on le voit, était un parfait candidat au suicide.

23.manuscrit Majorana

Mais 78 ans après sa disparition, et 109 ans après sa naissance, bien malin qui pourrait affirmer avec certitude qu’il soit mort !
Dans un article paru en 2006 dans Libération, Edouard Launet évoque la version du physicien russe Oleg Zaskavskii, spécialiste de la physique gravitationnelle : Majorana aurait mis en scène sa fuite dans des mondes parallèles !
Quand on vous dit que la physique quantique rend fou


À suivre dans cette rubrique :