L’esprit bénuchot est-il soluble dans le quantique ?

La réponse est oui, à l’évidence. Bénuchot est tout ce qu’il y a de plus quantique. Bénuchot, c’est l’être quantique par excellence. Pour s’en assurer, il convient de faire un retour en arrière dans le passé. En gardant à l’esprit que les aléas de la vie tiennent parfois à peu de choses.

Si son père n’avait pas passé quatre années de sa vie dans un stalag, Jules Bénuchot n’aurait vraisemblablement jamais entendu parler de physique quantique, et le contenu de ce roman en eût été radicalement changé. Il est même plausible d’imaginer qu’il n’aurait tout simplement pas vu le jour. À quoi tiennent les choses…

Tout démarre au stalag 217 de Biala-Bediowska (Pologne), donc. Alfred Bénuchot fait la connaissance d’un prisonnier de guerre peu ordinaire, un certain Fernand Wouters, physicien. Pour tuer le temps, lutter contre le froid, conjurer la fatigue, le découragement, les privations, les deux hommes, devenus amis, discutent âprement, entre deux travaux harassants à la pelle et à la pioche. Le cosmos, les étoiles, les galaxies, les origines de l’univers (à l’époque, le big bang ne portait pas encore ce nom), tout y passe. Et bien sûr, cette fichue physique quantique, qui peut prédire tout ce qui se passe dans la nature mais procède par probabilités avec, toujours, l’incertitude qui plane et prend le dessus sur le reste, vous condamnant à considérer avec tout autant de sérieux le contraire de ce qui vient d’être énoncé.

10.Roger Chalubert
Roger Chalubert, Alfred Bénuchot, Fernand Wouters

Voilà le genre de chose qu’entendit le petit Jules, alors âgé de douze ans, de la bouche de son père, à son retour du stalag. On a beau avoir l’esprit vif et être curieux de tout, démarrer dans la vie avec un tel bagage n’est pas chose aisée ! Surtout lorsque votre père disparaît mystérieusement six semaines plus tard et ne donne plus jamais signe de vie, quelques mois après que votre mère se soit jetée sous un train, anéantie par le chagrin à l’idée de ne jamais revoir son homme. (Petit Jules ne saura jamais s’il y eut un rapport de cause à effet entre ces deux disparitions. Vous nous plus – autant que vous soyez prévenu(e).

Voilà pourquoi, longtemps après, alors qu’il connaissait Paris sur le bout des doigts, doté d’un caractère bien trempé et d’un moral à toutes épreuves, Jules Bénuchot s’intéressera à la physique quantique, cette science de l’infiniment petit, fascinante, exaspérante, incompréhensible au commun des mortels, qui allait révolutionner l’histoire de la science du XXe siècle, et le renforcer dans l’idée que pour appréhender les convulsions de la ville il n’existait pas de meilleurs alliés que le hasard, l’incertitude, les probabilités. Car pour Bénuchot, nul doute : les lois de l’infiniment petit, aussi absurdes soient-elles, sont tout à fait conciliables – sinon compatibles – à celles qui prévalent dans le monde macroscopique. Celui que nous arpentons tous chaque jour – tout au moins lorsque nous sommes éveillés. Pour les rêves, c’est un autre livre qu’il faudrait écrire… Nous n’en sommes pas là.


À suivre dans cette rubrique :