Schrödinger : le chat et son double

Au Pont Tournant, à l’angle du quai de Jemmapes et de la rue de la Grange-aux-Belles, la chatte Suzy trône sur les tabourets, impériale, légèrement handicapée par ses pattes avant plus courtes que celles de derrière, attendant les caresses du buveur et, pour peu que vous penchiez un peu sur elle (comme je le fais sur la photo ci-dessous, posant en toute immodestie à côté du maître), il n’est pas impossible qu’elle vous raconte une de ces histoires incroyables dont les chats ont le secret. Et l’embarras du choix, étant donné qu’ils disposent de sept vies.

16.Suzy et JJ 17.Schrodinger

Pourtant, l’héroïne féline de L’esprit Bénuchot ne s’appelle pas Suzy, mais Schrödinger.
La Schrödinguette, ce n’est pas l’épouse du chat de Schrödinger – au cas où vous ne le sauriez pas, les chats ne convolent pas –, mais l’écaille-de-tortue de Bénuchot, avec qui il a de longues conversations, et dont il n’est pas bien certain qu’elle soit toujours vivante. Ce qui n’est pas réellement un problème.
D’où vient-elle ? On ne sait pas vraiment. On sait juste qu’elle est arrivée dans sa maison comme par enchantement, le jour même de la disparition de Gilda, la corneille qui, tous les matins depuis des temps immémoriaux, se posait dans le dernier arbre de son jardin, et lui offrait un récital merveilleux.

Mais revenons au chat de Schrödinger, le vrai…
On sait qu’Erwin Schrödinger, sans doute le plus fascinant et le plus excentrique de tous les physiciens quantiques, imagina cette expérience de pensée pour prouver avec humour l’absurdité de ce qu’on a appelé l’hypothèse de Copenhague.
18.Chat_de_schrodinger 193519.SchrodingerscatVoici comment Wissem, le faiseur d’alexandrin du restaurant Le Dodu, explique le chat de Schrödinger : « Erwin Schrödinger, physicien autrichien génial – tous les physiciens sont des types géniaux, comme vous le savez, et la plupart d’entre eux sont autrichiens… Dans une boîte, un chat, un atome, un détecteur de radiations Geiger, un marteau, une fiole de poison mortel. Fermez, touillez, attendez… Dès que le bidule détecte la désintégration d’un atome radioactif, le marteau casse le flacon et provoque la mort du chat. Mais tant qu’on n’a pas ouvert la boîte, l’atome se trouve simultanément dans deux états : intact et désintégré. Et le chat est à la fois mort et vivant. On appelle cela un « état superposé ». Elle est pas belle, la vie quantique ?! Mais à quoi ça sert, tout ça ? allez-vous dire… Eh bien, à empêcher les béotiens qui ne comprennent rien à la physique quantique de mourir idiots. Je plaisante… » CQFD.

L'état de superposition prévu par la physique quantique est obtenu par deux photons ayant interagi dans le passé (ici vus à travers une découpe en forme de chat).

Bien entendu, dès qu’on entre dans le domaine macroscopique, ça ne marche plus.
C’est pour ça que le chat de Schrödinger reste une « expérience de pensée », et pas une expérience scientifique.
En partie inventée par ce diable de Schrödinger pour démontrer une certaine absurdité des théories quantiques, qui peut très bien être celle de la vie, après tout… S’il avait pu se douter que son chat deviendrait aussi populaire… Car populaire, il l’est, assurément. Le chat de Schrödinger, c’est comme la physique quantique, tout le monde en parle dans les dîners en ville. Il est devenu, comme on dit en français, mainstream. Le génial site Thèse Antithèse Foutaise apporte des éléments de réponse sur ce sujet, dans un article assez croquignolet, que vous pouvez lire ICI (attention, l’article est très long).


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