Robert Gouin, une « figure » du métier

Tout le monde a pris un taxi, au moins une fois dans sa vie. Taxi, c’est le mot universel, qui « parle » à tout le monde. Dans toutes les langues, on dit taxi. Mais au-delà des manifestations de colère médiatiques – surtout depuis l’apparition des VTC et des applications Uber, qui déréglementent et polluent le métier, et certains clichés véhiculés par le cinéma et la télévision, qui connaît vraiment les chauffeurs de taxi ?

1.Robert et HélèneGrâce à Hélène Manceron, qui fut longtemps attachée de presse de la Chambre syndicale des artisans taxis, j’ai pu rencontrer, à deux reprises et à trois ans d’intervalle, Robert Gouin, une « figure » du métier, selon Alain Estival, auteur d’une histoire des taxis qui fait autorité. Robert, qui s’apprête à fêter ses 90 ans, vit toujours dans son pavillon de la banlieue sud, en compagnie de son épouse.
Les premiers entretiens (5 fois 5 minutes) eurent lieu le 23 mai 2013, le jour de la mort de Georges Moustaki, dont nous avons appris la mort en direct, ce qui fit dire à Robert : « Je pourrais vous dresser une liste des gens dont j’ai appris la mort au volant. »
Le second entretien (une vidéo de 40 minutes) a été réalisé en février 2016, dans sa maison de la banlieue sud.
Mais avant de l’écouter, quelques mots sur cet homme merveilleux.

3.Livre ESTIVALRobert Gouin naît le 20 mai 1926 à Glos-la-Ferrière, un petit village de l’Orne, tout près de L’Aigle. À l’origine de sa vocation, un oncle artisan taxi à Sées, possédant un véhicule au gazogène, et une tante, qui lui dit un jour : « Pourquoi tu ne ferais pas taxi, toi aussi ? » Robert ne demande pas mieux. Mais pour être taxi, il faut monter à la capitale. Ce qu’il fera à Noël 1945, à l’âge de dix-neuf ans. « Sans la guerre, je serais monté bien avant. Je ne supporte pas la nature. Les travaux de la ferme, ce n’était pas pour moi. La culture, pas l’agriculture. » explique-t-il d’un ton gouailleur. Cela ne s’est jamais démenti depuis.

En 1946, Robert accomplit son service militaire à Bourg-Saint-Maurice, en Savoie. Il est libéré au bout de sept mois en tant que fils de famille nombreuse. Après avoir été chauffeur de poids-lourds, il devient livreur d’articles de ménages. C’est mal payé mais il fait la connaissance de Paulette, de trois ans sa cadette, vendeuse en confiserie à la boutique de chocolats Salavin, à Belleville. Il en tombe tout de suite amoureux. Ils se marieront et auront trois enfants. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs…

4.R. Gouin portraitEn 1950, un ami de sa tante travaillant à la « police des Garnis » (les hôtels sans étoiles) l’aiguille sur l’école de taxi du XVIIIe arrondissement, rue Vauvenargues. Robert obtient le certificat de capacité délivré par la préfecture de Police, qui permet d’accéder à la profession. Le 23 juillet 1950, le voilà taxi salarié. Le 1er janvier 1951, il est à son compte au volant d’une grosse Renault 9 places rachetée (cent mille francs), en même temps que la licence, à un chauffeur qui faisait, jusqu’à la guerre, le taxi collectif sur la ligne Porte de la Chapelle – Épinay-sur-Seine, aux confins de la Seine-et-Oise.

5.Robert Gouin 1960
Robert devant sa 203 en 1960, gare d’Austerlitz.

En septembre 1998, Robert prend sa retraite. Il a soixante-huit ans. Entre les deux, une longue et belle carrière, pleine de péripéties. Parmi lesquelles la rencontre, fugitive, avec Jules Bénuchot. Ne cherchez surtout pas à savoir comment un personnage réel a pu connaître un personnage de fiction, cela vous entraînerait trop loin, dans des chemins dont il n’est pas certain que vous ressortiez sain d’esprit.

« Bénuchot ? Je me souviens bien de lui, oui. Il roulait en 203. C’était un type assez réservé, on avait l’impression qu’il s’ennuyait dans son taxi. J’ai échangé deux ou trois mots avec lui. Je crois qu’il a eu des problèmes avec la compagnie… Un client qui s’était plaint, je ne sais plus pourquoi. Toujours est-il que Bénuchot lui a fichu une dégelée, un jour. Ah, ça, c’était un sanguin ! »

Mais assez parlé : écoutons Robert ! :

« Comment êtes-vous devenu taxi ? »

Robert Gouin et Hélène Manceron : taxi : une dimension d’humanité :

Robert Gouin parle de l’homme qui pleurait la mort de Kennedy :

Hélène Manceron : dans l’intimité des clients :

Robert Gouin raconte le jour où il a chargé Jean-Paul Belmondo :

17 pages issues des carnets de Robert Gouin :


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