Des carnets, des mains qui les tiennent et autres fariboles

Exif_JPEG_420La bénuchothèque, vous vous vous en doutez un peu, c’est l’endroit où Jules Bénuchot range son fourbi : des carnets, des cahiers, des cassettes, des objets dont il n’est pas parvenu à se séparer (les petits souliers rouges de sa petite Adèle et les espadrilles qu’elle portait le jour où elle se fit piquer par un oursin sur la plage de Porquerolles), des babioles qui ont occupé sa vie d’arpenteur de bitume. Tout au moins celles qu’il ne jette pas, car Bénuchot n’est pas un glaneur et ne souffre pas du syndrome de Diogène. À commencer par les boîtes qui lui servent, comme c’est l’usage, à ranger des choses plus petites. Par exemple, dans cette boîte Banania (datant de 1964), il range les cartes de visite des marabouts africains distribuées à la sortie des stations de métro, qui l’ont toujours fasciné. En a-t-il déjà consulté un ? Nul ne le sait.

2.OBJETSBoite Banania

Exif_JPEG_420

4.OBJETS MenierQuant à cette boîte à l’effigie du chocolat MENIER, elle contient les 577 cartes de visite recueillies par Jules Bénuchot depuis le 29 octobre 1958. Pourquoi ce jour ? Aucune idée. Pour des raisons de confidentialité, nous ne l’avons pas ouverte. Qui sait si la vôtre ne se trouve pas dedans ? Vous auriez l’air de quoi si l’on venait à apprendre que vous avez donné votre carte de visite à un personnage de fiction !

Des boîtes, nous pourrions vous en montrer bien d’autres, mais un chat n’y retrouverait pas ses petits et nous ne sommes pas au marché aux Puces. Passons à présent aux objets bénuchots les plus emblématiques.

Des objets

Le poste de radio Visseaux

5.OBJETSTransistor VisseauxPosé sur l’étagère de la cuisine à côté de la tirelire des filles, il n’a pas bougé depuis trente ans. Bénuchot en fit l’acquisition à la boutique Leclanché-Thompson de la rue des Abbesses. Quand Adrienne le déplaçait pour faire la poussière, Jules entrait dans une colère noire. Dès qu’elle s’avisait de tourner le bouton, il grésillait abominablement. Alors que le son était parfaitement net lorsqu’il était allumé par Jules. L’objet était entre eux une pomme de discorde, une de plus.

La tasse avec l’équation du boson de Higgs

Exif_JPEG_420

Cette acquisition est plus récente. C’est dans ce récipient fabriqué par David Gallo, potier bourguignon passionné par la physique quantique, que Jules Bénuchot boit son premier café du matin, juste avant d’enchaîner avec le deuxième au Pont Tournant. Bien entendu, l’équation est incomplète. Bien entendu, Adrienne n’a jamais compris qu’il se soit attaché à un truc aussi tordu, auquel elle ne comprend rien. Bien entendu, pas une semaine ne passe sans qu’ils se disputent à ce sujet. Et cela se finit toujours de la même façon : Jules claque la porte et s’en va retrouver ses chers quidams de la rue !

L’électrophone (également appelé « mange-disques »)

Voici l’électrophone Teppaz qu’Adèle et ses sœurs utilisaient dans les années 60. C’était l’époque yéyé. Véronique était abonnée à Salut les copains, Sylvie à Mademoiselle Age Tendre. Un jour, elles allèrent écouter Les Chaussettes noires au Golf Drouot. Plus tard, elles écouteront du rock anglais, comme tout le monde. Ce qui désolait leur mère. Adèle, plus jeune, nourrissait ses rêves de petite fille chez le papetier de la rue Vicq d’Azir, qui vendait aussi des bonbons et des poupées. Lorsqu’elles quitteront le foyer, l’appareil deviendra le bien d’Adèle.

7.OBJETS.Teppaz

8.OBJETS.VARTANLe jour de sa mort, un 45 tours de Sylvie Vartan était posé sur la platine. Le microsillon était arrêté sur la chanson Mon père. L’avait-elle écoutée juste avant de partir prendre ce train qu’elle n’avait pu attraper ? Avait-elle oublié de ranger le disque la dernière fois qu’elle l’avait écouté ? J’étais si fière qu’il soit mon père. Fière de m’appeler comme lui.

Jules Bénuchot en fut si abattu qu’il n’osera le déplacer.

Le magnétophone de Bénuchot (débarrassé de son horrible housse couleur saumon, très peu photogénique)

10.OBJETS.magnetophone

Ce magnétophone a recueilli de multiples confessions de Bénuchot. Certaines sont racontées sur ce site, accompagnées d’une icône que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : une cassette magnétique. D’autres figurent dans le roman. La plupart ont été remises à une personne dont on ignore ce qu’elle en a fait.

Les mystères du 61, rue Lepic

Avant de quitter cette page, tout de même : quelque chose d’important, qu’il serait fâcheux de passer sous silence. Si vous avez déjà lu le roman, vous savez quelles choses terribles se sont déroulées au deuxième étage de l’immeuble en briques du 61 rue Lepic, ce point d’interrogation inversé qui remonte de la place Blanche jusqu’aux confins de la place du Tertre. Mais vous ne savez pas tout. Car une chose, en apparence infime mais qui a son importance, ne vous a pas été dévoilée, et vous vous trompez lourdement si vous pensez la découvrir en cliquant ici.

Pour celles et ceux qui ne se sont pas encore frottés à L’esprit Bénuchot, le danger serait double: il risquerait de vous donner un indice sur ce qui se trame derrière la porte du deuxième étage du 61 rue Lepic, qui est pire que la boîte de Pandore, le tonneau des Danaïdes et le triangle des Bermudes réunis !

Souvenez-vous de ce qui arriva à la pauvre femme de Barbe Bleue !

11.OBJETS.Barbe-Bleue

C’est pourquoi nous réitérons ce conseil d’ami : afin d’éviter d’être tenté de cliquer sur ce lien maudit, quittez cette page le plus rapidement possible. Nous déclinons toute responsabilité en cas d’incident grave (intoxication littéraire, intrication quantique, voyage dans le temps, sclérose de l’âme, malaise vagal, refroidissement cérébral, congestion pulmonaire, syndrome de sarkozia volubilis, etc).

Il serait d’ailleurs plus prudent que vous quittiez quelque temps votre ordinateur, votre smartphone, votre tablette ! Allez prendre l’air, allez boire un coup au café du coin, faites le tour de votre quartier, faites un saut à la Nuit Debout de votre ville, par exemple. Et si vous vivez à la campagne, courez à travers champs, ne croyez pas ceux qui vous disent que les vaches, les poules, les chèvres sont des bêtes stupides : en réalité elles n’attendent qu’un signe de votre part pour prendre la parole ! Vous ne le saviez pas ? L’esprit Bénuchot vous l’apprend ! Nous sommes aussi là pour ça…

12.OBJETSRegarde le ciel

C’est bon ? Vous voilà revenu(e) ? Vous vous sentez mieux ? Respirer vous a fait du bien ? Parfait. Vous allez pouvoir continuer la visite en toute quiétude. (Nous avons eu peur pour vous…) En essayant de ne pas trop penser à ce qui est arrivé aux pauvres hères qui n’ont pas écouté notre conseil et qui – les malheureux – ne reviendront jamais ! Dieu seul sait où ils s’en sont allés ! Et pour celles et ceux qui n’y croient pas, c’est encore pire : qui sait où ils s’en sont allés ? Et qui donc est ce qui ?

Des carnets, des mains qui les tiennent

Passons maintenant aux fameux carnets Bénuchot, sans lesquels l’esprit du même nom serait resté lettre morte. Tout au long de sa vie, Jules Bénuchot en remplit plus de quatre-cents, dans lesquels il consignait ses rencontres. Pour des raisons indépendantes de notre volonté, que l’on comprendra aisément en lisant L’Esprit Bénuchot, nous ne sommes pas en mesure de les reproduire. Il ne reste d’eux que ce qui y fut écrit, ou tout au moins ce qui en fut retranscrit par Léa.

CARNET..Voici tout de même quelques dizaines de cahiers Cadarache que Bénuchot s’était procurés on ne sait comment, la plupart vierges, et que nous avons trouvé au marché aux Puces de Saint-Ouen, par un singulier hasard. (Les personnes désireuses de recevoir l’une de ces denrées rares peuvent nous écrire : un cahier leur sera envoyé, dans la limite des disponibilités.)

Exif_JPEG_420

Afin de compenser cette regrettable lacune, nous vous offrons quelques photographies de ces précieuses choses sans qui les carnets ne seraient que des astres morts : les mains. Les mains qui y écrivent et les mains qui les tiennent.

À tout seigneur, tout honneur ! Les mains ci-dessous sont bel et bien celles de Bénuchot, qui datent de l’époque où il s´était acheté une Traction avant Citroën pour épater Lucette.

15.Les mains de BenuchotLes suivantes ont été piochées au hasard de rencontres qui ne sont pas toujours le fruit du hasard.

La main qui marmonne Marlboro-Marlboro (vendrait-il des fleurs, des tapis ou des pistolets à eau qu’il marmonnerait Marlboro-Marlboro…)

16.MAINS cigarettes BarbesLa main de l’aveugle dans le métro (vérifiant les médicaments que vient de lui apporter un ami)

17.mains aveugle metro

La main de la religieuse qui tient le ticket de métro (le diable est dans les détails)

18.mains religieuse MEPHISTO

La main de la petite fille dans le métro (elle rentrait du théâtre avec son père et son doudou, elle avait sommeil, ce qui explique que la photo soit un peu floue)

19.mains de la petite fillle floueLa main du vieux monsieur qui lit de l’hébreu

Exif_JPEG_420

La main qui tient le livre qui peut s’émietter à tout moment (comme la littérature et comme la vie)

21.BORGES Le livre de sableLa main de Wissem qui touille le café dans le sens qui convient, selon l’humeur du client

22.Wissem touilleur quantique

La main de la cliente qui empoigne la tasse (l’instant d’avant, elle prenait le soleil en terrasse, nous avons attendu – longtemps – qu’elle ouvre les yeux pour lui voler ces instants)

Exif_JPEG_420

La main dans la foule de la Nuit (pas tout à fait tombée) Debout (qui ne peut pas tomber, sinon on lui aurait donné un autre nom), place de la République

Exif_JPEG_420

La main qui tient le Code du Travail (Nuit Debout)

La main gantée de la liberté et la main de l’incantation (Nuit Debout)

La main qui parle la langue des signes (Nuit Debout)

La main de Giulia qui tient Albert Einstein

Exif_JPEG_420

La main d’Hélène qui tient l’Esprit Bénuchot

Exif_JPEG_420

La main d’Émilia qui se demande ce qu’est la vie

La main de Carole (parfumée au henné noir)


La main qui tient le gri-gri

6la mainquitientlegrigriLa main qui tient le portrait du père (qui avait bien d’autres choses à penser, à l’époque de la photo, qu’un jour il serait père)

Exif_JPEG_420

La main sur l’épaule de l’épouse (les sucs argentiques ont commencé de manger l’enfant, peut-être est-ce pour cette raison qu’on ne lui a pas laissé le temps d’aller chez le coiffeur)

26.la main sur l'épauleDes histoires comme ça, avec des mains qui indiquent le chemin, prêtes à vous raconter leur vie pour peu que vous leur prêtiez attention, la bénuchothèque en regorge par milliers. Il suffit de se poster au coin de la rue, dans les rames de métro, dans les files impatientes. Et d’attendre. C’est une manne inépuisable. Mais ça n’en finirait pas. Et ce ne serait guère charitable pour la main du webmestre qui clique comme un forcené sur l’établi numérique, en songeant qu’il serait bien mieux à boire un verre avec l’empereur des flamants roses dont il parle, dit-on, le langage…

Nous sommes obligés de nous en tenir là, car la bénuchothèque va bientôt fermer, même au cœur d’une fiction quantique, il y a des horaires à respecter. Nous ne sommes pas comme ce bienheureux brocanteur qui tient le temps dans sa main. Ni comme ce bienheureux escargot qui se fout des heures comme de sa première traînée de bave…

Exif_JPEG_420

28..main escargot


À suivre dans cette rubrique :