La rue de la Grange-aux-Belles : de François Villon à Jules Bénuchot

14.Quartier JemmapesLa rue de la Grange-aux-Belles doit son nom aux pelées de terre (devenues pelles, puis belles) déblayées lors de la formation des fossés de la ceinture de Sainte-Opportune, puis déposées dans une grange. C’est au niveau du 45/47 de cette rue que se dressait, dit-on, le sinistre gibet de Montfaucon, construit à l’instigation d’Enguerrand de Marigny, chambellan du roi Philippe IV le Bel, qui y fut lui-même pendu en 1315 sur ordre de Louis X le Hutin, accusé de détournement de fonds et de sorcellerie.
15.Francois_VillonParmi les centaines de pauvres hères qui y furent suppliciés jusqu’à sa fermeture en 1630, un certain Bertrand de Vaucresson, brigand appartenant à la bande des coquillards, qui avait pour particularité de couper les doigts des bourgeois afin de s’emparer de leurs bagues, y fut pendu en 1457.
Cinq siècles plus tard, l’un de ses descendants, Isidore de Vaucresson, créera la Compagnie de la Mandragore, du nom de cette fleur qui poussait, dit-on, au pied des potences, fruit de la semence des suppliciés. Ce cercle spirite, qui se réunit le 13 de chaque mois depuis 1957 sous l’égide du poète François Villon, se compose de sept membres, pas un de plus. Pour accéder au saint des saints, les impétrants doivent avoir accompli au cours de leur vie un exploit hors du commun, un acte de bravoure, une action de grâces qui leur vaudra l’éternité. Jules Bénuchot fut admis dans cette assemblée à l’initiative de son vieil ami le notaire René Biscop. Au commencement fort docte, la compagnie de la Mandragore fut peu à peu contaminée par des personnages de plus en plus excentriques, qui en bouleversèrent quelque peu les règles, jusqu’à en faire quelque chose de proprement… impensable

Sont-ce les stigmates de ce sinistre passé ?
Toujours est-il – ce n’est pas faire injure à ses habitants que de le rappeler – que la rue de la Grange-des-Belles ne brille pas par son charme. Et comme le prouve cette vidéo de repérages tournée en 2012, il existe au moins une commerçante – nous ne dirons pas son nom par charité bénuchote – qui n’apprécie pas du tout que l’on photographie son échoppe, on se demande bien pourquoi !

Comme vous l’aurez compris en regardant cette vidéo, à l’époque on ne savait pas très bien où habitait Jules Bénuchot. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a jamais vécu au 27, comme on a pu le croire.
16. N27.Grange aux Belles

Pas plus qu’il ne vit au fond de cette allée.

17.N°2 Grange aux Belles

Mais alors, où vit-il ?

Pour des raisons bien compréhensibles de discrétion, il n’est pas possible de dévoiler son adresse. Pour vivre heureux, vivons caché : même les personnages de fiction ont droit à un minimum d’intimité !

La seule chose que nous pouvons dire, c’est que, chaque matin, en allant prendre son caoua au Pont Tournant, Jules Bénuchot s’arrête pendant quelques instants pour bavarder avec ces petits lutins bienveillants.

18.Tags rue BICHAT


À suivre dans cette rubrique :