Le canal Saint-Martin fait sa mue (janvier-mars 2016)

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est à la loi du 29 floréal an X (19 mai 1802), signée du consul Bonaparte et réprimant – entre autres choses –, « le dépôt de fumiers et toutes espèces de détérioration commises sur les grandes routes, sur les canaux, rivières, fleuves navigables, leurs chemins de halage, francs-bords, fossés et ouvrages d’art », que l’on doit la création du canal Saint-Martin, qui ne sera inauguré que le 4 novembre 1825 par Charles X.

Avant de devenir l’un des endroits de promenade les plus prisés des Parisiens, et d’être le berceau de l’esprit bénuchot, le canal Saint-Martin connut des fortunes diverses. Il se trouva même, dans les pompidoliennes années 1970, des urbanistes assez insensés pour vouloir le faire disparaître sous une autoroute traversant Paris jusqu’à la porte d’Italie, comme le rappelle cette archive sidérante de l’INA…

… à laquelle on préférera celle-ci, plus bucolique et datant d’une époque où l’on ne parlait pas encore de réchauffement climatique.

Faisons à présent un bond de le temps.
Nous sommes le 4 janvier 2016. Comme tous les quinze ans environ, le canal Saint-Martin va être vidé de ses eaux, de ses poissons, de ses déchets (boues et objets manufacturés), pour être récuré. Ce « chômage » du canal permettra d’extraire près de 9.000 tonnes de boues (40% seront recyclés dans l’industrie, le reste étant répandu en forêt, après un tri dans une entreprise rouennaise), 104 vélos, 78 vélib’, 23 scooters et motos, 17 coffres-forts, 10 poussettes et une multitude d’objets en tous genre, parmi lesquels un léopard en peluche et cette mystérieuse valise, qui ressemble étrangement à celle dont Jules Bénuchot se débarrassa par une nuit sans lune de décembre 2013, quelques jours après avoir rencontré Léa.

La valise de Bénuchot ?

Sous les yeux ébaubis des badauds, des photographes et des télévisions, l’opération de nettoyage, doublée d’une maintenance des écluses, durera jusqu’au 31 mars. Le ballet des embarcations reprendra début avril (quelques cinq cents péniches le traversent encore chaque année, auxquelles il faut ajouter les bateaux de plaisance).

Il va sans dire que votre serviteur – qui n’est pas un photographe professionnel et a parfois la tête dans les nuages – était là pour immortaliser l’événement.

Bicyclettes

Pêcheurs

Fuites

Reflets

Le toit dans l’eau

Échographie du canal

 


À suivre :