Génial Lucifer

Le 17 janvier 1992, à trois heures de l’après-midi, devant le 46 avenue de la Grande Armée, un jeune homme de 21 ans sauvait la vie d’un homme qui allait se jeter sous les roues d’un autobus. Jules Bénuchot, tel était son nom, avait appris le matin même une nouvelle qui le bouleversa, au point qu’il en résolut de mettre fin à ses jours. S’il avait choisi cet endroit pour en finir, cela n’était bien entendu pas le fruit du hasard.

Retour sur une tragédie évitée de justesse…

1.Usine Mestre-BlatgeDe 1902 à 1956, au 46-48 avenue de la Grande Armée (17e), un magasin de cycles commercialisait les bicyclettes et les motocyclettes fabriquées par MM. Mestre et Blatgé sous la marque Génial Lucifer, complètement tombée dans l’oubli. Longtemps, la boutique fut un lieu de pèlerinage pour Petit Jules, qui venait y admirer les belles mécaniques qui l’avaient tant fait rêver et tailler le bout de gras avec les mécanos.

2.pub-Mestre-et-Blatge-768x929La première rencontre de Jules Bénuchot avec Génial Lucifer a lieu en 1939, lorsqu’il découvre dans Match l’Intran un article sur Paul Chocque, vainqueur de Bordeaux-Paris 1936 sur un vélo Génial Lucifer. Voilà comment Génial Lucifer deviendra l’ami invisible, arrivant à la rescousse sur sa bicyclette dans les moments délicats pour le tirer de ses mauvais pas. Craint par les méchants, adulé par les braves gens. Une sorte de Zorro, en quelque sorte…

3.Paul ChocqueJules recroisera Génial Lucifer en juillet 1947, lors de l’arrivée triomphale de Jean Robic, vainqueur héroïque du Tour de France dans la dernière étape Rouen-Paris, chaussé de cycles Génial-Lucifer et sans avoir porté une seule fois le maillot jaune. En 1956, la marque se retira de la compétition, et plus personne en France, à part quelques anciens obsédés de la petite reine, n’entendit plus jamais parler de Génial Lucifer.

Bien des années plus tard, devenu chauffeur de taxi, dès qu’il prend le volant, Bénuchot est un homme en fuite. Le voilà dans la peau de Génial Lucifer aux commandes de sa BMA (bicyclette à moteur auxiliaire) capable, les bons jours, de rivaliser de vélocité avec les mythiques Simca Aronde et autres Peugeot 203 des chauffeurs de taxi parigots. On ne compte plus les fois où un client, le surprenant à parler tout seul, lui dira : « Mais à qui parlez-vous, chauffeur ? » À quoi il répondait d’un ton bougon : « Si je vous le disais, vous ne me croiriez pas…»

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Comment croire, en effet, une histoire aussi abracadabrantesque que celle de Génial Lucifer et Théodore Vermicelle, et de la lutte impitoyable qu’ils se livrèrent dans le cerveau de Jules Bénuchot, enfant maltraité que l’endurance transformera en un guerrier de la rédemption. Mais écoutons plutôt cela de la bouche de Jules Bénuchot…

CASSETTE« Génial Lucifer contre Théodore Vermicelle » : 

CASSETTE« Comment Génial Lucifer se débarrassa de Théodore Vermicelle » :

 Mais écoutons-le encore…

CASSETTE« Comment Bénuchot appliqua les lois de Génial Lucifer » :

Si vous vous prenez à penser, après l’avoir écouté : « Cet homme est fou ! », vous aurez sans doute raison… Mais qui peut dire qu’il n’est pas le fou d’un autre ? Et qu‘est-ce que la folie, sinon une façon de se réfugier dans les replis tortueux de l’imaginaire pour échapper à l’ogre qui cherche à vous rattraper dans votre sommeil ?

 

 


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