Les années stalag

Capturé le 26 juin 1940 par les Allemands à Mircourt, dans les Vosges, avec son régiment du 33e génie, Alfred Bénuchot, le père de Jules, est fait prisonnier. Il passera plus de quatre ans en Allemagne, puis en Pologne, au stalag 217 de Biala-Bediowska, où il rencontrera le physicien Fernand Wouters, qui lui enseignera les rudiments de la physique quantique, entre deux airs d’accordéon.

13.Stalag
Alfred Bénuchot (3e à partir de la gauche) avec Fernand Wouters (jouant de l’accordéon)

Pendant cette période, il expédia une trentaine de lettres à sa femme. Elle les avait toutes dans son sac lorsqu’elle se jeta sous le train de marchandises Paris-Reims, à l’exception de celle-ci, restée dans le tiroir de sa table de nuit à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard :

14. lettre du STALAGCe fut le seul héritage qu’elle légua à Petit Jules. Et la dernière chose que lui laissera son père, juste avant de disparaître, après avoir proféré cette énigmatique prophétie : « Le jour se lève et c’est déjà la nuit. » Savait-il qu’il le voyait pour la dernière fois ? Savait-il qu’il ne reverrait jamais ses enfants ? Savait-il que des siècles plus tard un petit garçon au regard vairon scruterait la ligne d’horizon, avec un mélange de frousse et de fol espoir, comme si Dieu en personne allait apparaître au-delà des nuages pour l’attraper, le secouer comme une laitue, le saucissonner dans un coin du ciel, et l’abandonner aux aiguilles des Parques dévoratrices ?

Nul le le sait.

Sauf toi peut-être, bienheureuse lectrice, valeureux lecteur de L’esprit Bénuchot, qui a toujours un train d’avance.